Pu De Lyon

  • Regroupé avec les textes Lueurs dans l'ombre, plus d'idiots, plus de fous, daté de 1861, et Le Livre d'Hermann, écrit vraisemblablement avant la Commune, ce corpus qui mêle nouvelles et essais se réfère à l'appréhension de l'enfermement asilaire ou carcéral.
    Louise Michel s'interroge à propos de la folie et de la criminalité : Que faire pour le fou ? Que faire du criminel ? Existe-t-il, au-delà de la communauté de sort, une parenté entre ces deux états, si ce n'est la privation de liberté qu'ils induisent ? Enfermer les fous est-ce pour les soigner ou les reléguer ? Incarcérer les criminels, est-ce pour les amender ou les punir ? Ecrits à quelques années d'intervalles, Le Livre du bagne et Lueurs dans l'ombre, plus d'idiots, plus de fous se font écho et reflètent les débats qui animent les dernières décennies du XIXe siècle.
    Oeuvre de jeunesse pour Le Livre d'Hermann ou oeuvre de maturité pour le Livre du bagne, ces textes révèlent l'intérêt que Louise Michel portait " à la grande famille indéfinie et confuse des anormaux " (Michel Foucault). Elle ne fait pas qu'effleurer les débats, elle pose la question, au travers de ses nouvelles, des origines et de la parenté éventuelle entre crime et folie. Elle examine en dernier ressort les conduites à adopter et les remèdes à apporter afin " d'éveiller l'intelligence " des fous et des idiots.
    Ces textes inédits jusqu'alors nous permettront de découvrir une Louise Michel partagée entre ferveur religieuse et positivisme assidu.

  • Deux mois seulement après son retour du bagne de Nouvelle-Calédonie, Louise Michel est prise de la passion d'écrire une première fiction.
    Elle a tant à dire, elle a besoin de place et son imagination fertile s'accommode aisément du genre le plus populaire qui soit, le roman feuilleton, très en vogue dans les années 1880. Ainsi germe La Misère, roman-fleuve, dont la gestation est rendue difficile par sa mésentente avec son coauteur Marguerite Tinayre (alias Jean Guêtré) qui châtre le manuscrit avant de le confier à l'éditeur Fayard. Mais la force du dévoilement balaie ces frictions et le succès du roman (il aura 40 000 abonnés) doit tout à sa peinture plus vraie que nature, à son écriture hyperréaliste.
    Si La Misère n'ouvre pas des chemins bordés de roses, c'est que la Commune et le bagne ont détourné le sentimentalisme mystique de la première Louise Michel, au profit d'une parole qui fouille au scalpel une société moribonde et vitriole les mécanismes du vieux monde qui attend sa régénération.

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